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Samedi 14 juillet 2012 6 14 /07 /Juil /2012 18:04

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Evoquer le mythe de l’éternel retour, c’est envisager l’éventualité (ou l’hypothèse) d’un éternel retour qui laisse supposer que tout ce qui fut sera, et que toutes choses ou tous évènements globaux comme individuels seraient le fruit d’un éternel recommencement.

Dans les sociétés traditionnelles et contemporaines, l'idée que l’état d’une civilisation se dégrade à l’issue d’un cycle déterminé est liée à la conviction que l'usure du Temps touche tout ce qui existe. Le mythe de l’éternel retour fait toujours référence à un âge d’or passé, à un état de paix général, d’abondance, où une civilisation a vécu d’une nature généreuse et apaisée.

Dans l’Antiquité Gréco-latine, ce mythe est lié au temps cyclique qui est basé sur la révolution des astres et leur retour dans une conjonction première. L’histoire de l’humanité est alors censée être rythmée à son tour par ce mouvement perpétuel. La « grande année » marque un cycle de recommencements successifs dans un état de plénitude collective qu’il convient de retrouver chaque fois.

Sur le plan individuel, les choses sont un peu différentes et le mythe grec de l’Odyssée peut être mobilisé en qualité de référence. Au moment de son départ d’Ithaque pour rejoindre Troie, Ulysse (dont l’Iliade et l’Odyssée font le récit) était Roi en son Royaume. Ulysse joua un rôle déterminant dans la guerre de Troie avant de revenir dix ans plus tard sur l’île en qualité de simple mendiant. Pénélope, son épouse, était entourée de prétendants dont Ulysse dut la défaire afin de la retrouver ainsi que son fils Télémaque. Au cours de son long périple, Ulysse fut confronté à d’innombrables difficultés dressées devant lui par le Dieu Poséidon : la nymphe Calypso, la princesse Nausicaa, les Cyclopes, la magicienne Circé et les Sirènes. L’essence même du mythe de l’éternel retour se trouve dans ce volet mythologique où l’homme apparaît comme un nomade en errance de vie.

Le mythe de l’éternel retour est une quête effrénée pour retrouver un creuset perdu lors du passage par la porte de l’adolescence vers le monde adulte.

Hermann Hesse, Prix Nobel de Littérature en 1946, a écrit admirablement sur les questions et les tensions intérieures liées au mythe de l’éternel retour. Plusieurs de ses romans : Demian, Narcisse et Goldmund, le Loup des Steppes, sont des transpositions magnifiques du mythe sur un plan individuel dans le monde contemporain. Milan Kundera également, auteur francophone originaire d’Europe de l’Est installé en France, a rédigé plusieurs romans que nous relions à une transposition du mythe : la valse aux adieux, une rencontre, l’Identité, l’Ignorance, Le rideau. Le mythe de l’éternel retour est vécu individuellement comme une forme de quête du Saint Graal à laquelle nous pouvons trouver de nombreuses représentations iconographiques chevaleresques où les questeurs sont représentés par des chevaliers nomades (rarement par des écuyers) : Êtres en mouvement vers un paradis perdu, toujours prêts à en découdre.

Puis apparaît la Rose du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, qu'on aperçoit au prix d’un chemin périlleux nourri d’authenticité et d’abnégation. Comme pour Goldmund du "Narcisse et Goldmund" de Hermann Hesse, les expériences amoureuses sont autant d'épreuves initiatiques où le nomade s’apercevra que finalement il n’y a qu’un seul but poursuivi pour toute une vie. La mise en mouvement du nomade représente à elle seule une réponse au mythe de l’éternel retour. Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry découvre son Ithaque, sa Rose. Il doit en prendre grand soin car cette découverte est le seul chemin qui le mènera vers la paix intérieure du cœur et de l’âme, vers l’harmonie humaine universelle, au-delà de toute culture ou de toute religion.

Et le chemin qui mène à la Rose est parfois étonnant.

A bientôt,

Patrick Estève.

 

Par Patrick Estève
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