Bonjour,
Comment ne pas faire un petit « point » de cet accompagnement de Céline (Louis-Ferdinand) dans le « Voyage au bout de la nuit » réalisé en compagnie de Bardamu ? Il ne s’agit évidemment pas de se livrer à l’analyse littéraire de l’œuvre qui est considérable (pour laquelle nous n’aurions pas les qualifications) mais de dire combien cet ouvrage est troublant par tant de lucidité.
Pour ma part, j’avais « repoussé » l’auteur et l’œuvre des années durant à cause du parcours personnel de Céline et de ce que nous savons notamment de ses pamphlets collaborationnistes et antisémites. Je dois reconnaître que j’ai eu tord. Non pas de repousser ce volet exécrable de la personne de Céline, mais par cette « posture », de me priver de ce que j’ai pu lire de plus qualitatif depuis bien longtemps. Décidément, outre Hermann Hesse des années 20, ces dernières rejaillissent une nouvelle fois encore à travers Céline, d’une manière particulièrement remarquable.
Le style est d’une incroyable modernité et n’a pas pris une ride : on lit Céline en 2012 comme si l’œuvre venait de sortir de Presse. En visionnaire de la condition humaine (mais à quel prix ?) Céline nous livre une véritable autopsie de la condition humaine faite à la pointe sèche usagée. Chaque phrase, chaque page, grince de la douleur de comprendre ce que nous sommes et, malheureusement, ce vers quoi nous allons.
Il faut du courage, après une telle lucidité partagée, pour reprendre benoîtement le chemin du quotidien.
Il reste heureusement ce que l’amour peut apporter, même si on ne le trouve pas sous le sabot d’un cheval.
Pour ceux qui hésiteraient encore à faire ce « voyage au bout de la nuit », je vous en prie, lancez-vous. Je m’en suis privé trop longtemps au risque de passer à côté à cause des préjugés.
Rassurez-vous, vous ne finirez-pas collaborationniste ou d’extrême droite : tout juste avec la certitude d’avoir lu un très grand auteur.
Bonne journée,
Patrick Estève.
